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La passeuse de volley est une femme pressée

Doris Stierli L’âme du VBC Cheseaux a tant de choses dans sa tête qu’elle n’a pas une minute à elle.

Gérard BucherTexte Olivier VogelsangPhoto

Si Doris Stierli avait le choix, elle vivrait dans un chalet d’alpage, au milieu des montagnes, loin des filets de volleyball auxquels elle continue de consacrer la majeure partie de son temps, mais proche des champignons qu’elle déniche à tour de bras à chacune de ses sorties. Elle aime la marche, par-dessus tout. Pourtant, elle n’arrête pas de courir. Une antinomie qui la ronge insidieusement. «Je souffre d’avoir toujours quelque chose à faire», reconnaît-elle volontiers, comme pour s’excuser de vivre trop intensément. «Je n’ai pas d’agenda, sinon je paniquerais», ajoute-t-elle.

Professeure de sports à la retraite, Doris Stierli (66 ans) excelle dans tous les domaines, c’est bien là son problème. Loin de s’en plaindre, elle prétend qu’elle aime tout ce qu’elle entreprend, au point d’en payer parfois le prix. Elle confesse avoir déjà subi trois grosses «casses». Elle s’en est toujours relevée. Née à Vallorbe en 1955, au sein d’une fratrie de cinq frères et sœurs, elle s’est très vite extirpée du cocon familial pour tracer sa propre route. Avant de s’installer définitivement à Cheseaux, au milieu des années 1970, elle a vécu dans la banlieue lausannoise en compagnie de l’un de ses frères. Pour subvenir à leurs besoins, ils jouaient de la musique champêtre le week-end, elle à l’accordéon, lui à la trompette. Parallèlement, entre 14 et 16 ans, Doris Stierli a suivi un cours de direction d’orchestre au Conservatoire de Lausanne. À l’époque, elle se serait vue musicienne, en tout cas pas sportive de haut niveau. «S’il fallait sauver un seul objet lors d’un incendie, je me précipiterais sur mon accordéon schwytzois. Un vrai bijou. Eric (ndlr: son mari), lui, se sauverait tout seul! Je rêve de rejouer de cet instrument au sein d’un ensemble.»

Besoin du groupe

Pas étonnant que Doris Stierli ait expédié son gymnase en deux ans au lieu de trois! Elle était déjà pressée. Ce n’est qu’à cette époque qu’elle a réellement découvert la pratique du sport. Tennis, vélo, ski, aviron, plongeon et volleyball ont eu sa préférence, parmi bon nombre d’autres disciplines. Il lui arrivait de transpirer jusqu’à seize heures par semaine. Avec ses 164 cm sous la toise, elle a toutefois dû se résoudre à opérer des choix. Rapidement, elle s’est tournée vers les sports collectifs.

«J’ai besoin du groupe pour m’exprimer, s’illumine-t-elle. Je ne savais pas toucher un ballon de volley que j’étais déjà à la passe. J’aime organiser. Ce qui m’excitait, c’était de jouer avec les copines et de battre les autres. Les sports individuels m’intéressent beaucoup moins, encore aujourd’hui. Quand je jouais au tennis, j’avais tendance à proposer à mon adversaire d’abréger la partie pour aller boire un verre.» Cela n’a pas empêché Doris Stierli de participer à la fondation du Tennis Club de Cheseaux.

Mais c’est bien entendu le volleyball qui l’a fait sortir des rangs. Tard, à 17 ans. Doris Stierli a d’ailleurs mis du temps à croire réellement en ses qualités de passeuse. Il faut dire qu’on ne lui a rien épargné. Barrée en équipe nationale junior en raison de sa taille, elle a fini par faire les beaux jours de la sélection suisse senior pendant plus de dix ans. Entre 1982 et 1984, elle passait même pour la meilleure joueuse de Suisse. «J’en ai tiré de la fierté, mais cela n’a pas changé ma manière d’être», avait-elle commenté.

Toujours est-il qu’elle a énormément contribué à donner ses lettres de noblesse au volleyball féminin en Suisse romande. À l’origine de la création de plusieurs clubs (Cité-Lausanne, LUC Volleyball, VBC Cheseaux), elle n’a jamais arrêté d’entraîner. Si possible des gamines, dont elle aime admirer la progression. L’équipe phare du club, qui évolue en Ligue nationale A, bénéficie toujours de son expérience.

Le goût de la victoire

Touche-à-tout, Doris Stierli déteste perdre, pour tout. Y compris quand elle joue aux cartes dans le bus qui transporte les joueuses à l’autre bout du pays. «J’aime gagner, souffle-t-elle. Je ne crois pas à la phrase de Pierre de Coubertin qui prétendait que l’important c’est de participer. Je peux devenir addict à certains jeux. J’ai longtemps joué au Scrabble en ligne, au point de voir les lettres se fixer dans mes yeux. Je me suis calmée depuis. J’aime les jeux de lettres, parce qu’ils me permettent de stopper mes idées, sinon ma tête n’arrête pas de tourner. Lorsque je me réveille la nuit, elle se met automatiquement en route. Ça peut paraître paradoxal, mais c’est la vérité. J’ai toujours des choses à organiser, pour le club ou pour la ferme dans laquelle je vis.»

Doris Stierli se méfie de la télévision. «Je ne regarde pas les films, en raison du trop grand nombre de morts que l’on y voit. Je ne supporte pas la violence. Je n’arrive pas à me dire que c’est un film. Je préfère les programmes où l’on assiste à des retrouvailles entre parents et enfants. Là où il y a de l’émotion.»

Femme de cœur, la Gremaude aime rendre les gens heureux, que cela passe par le sport ou non. C’est ainsi qu’elle prend du plaisir à faire la conversation aux personnes âgées. «Elles sont souvent si seules. Il n’est pas impossible que je me rende régulièrement dans un EMS une fois le volleyball derrière moi.»

Ce n’est pas encore pour tout de suite. Tant que ses deux filles (Marine, 27 ans, et Oriane, 25 ans) joueront dans la première équipe du VBC Cheseaux, elle ne lâchera pas le morceau. Taquine, elle ne manque pas une occasion de leur demander si elles pensent à devenir maman. Au cas où elle aurait du temps de libre

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Bio

1955 Naissance à Orbe. 1962 Découvre l’accordéon. 1971 Crée le club de volley de Cité-Lausanne avec quelques copines du gymnase. 1972 S’inscrit parallèlement en sport et en HEC à l’université. Elle échouera définitivement en économie faute de temps. 1975 Nommée professeure de sport à Cheseaux. À l’origine du LUC féminin et du VBC Cheseaux. 1975-1986 Passeuse et capitaine de l’équipe nationale senior. 1977-1983 Dispute 3 universiades (Sofia, Bucarest et Edmonton), parmi ses meilleurs souvenirs. 1984 Championne suisse de LNA avec le LUC. 1993 Finale de la Coupe de Suisse avec le VBC Cheseaux. 1994 Mariage avec Eric Hämmerli. Naissance de Marine. 1996 Naissance d’Oriane. 2003 N’enseigne plus la gymnastique. La cuisine et les maths prennent le relais. 2019 La retraite professionnelle.

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